Alors que les rapports sur le développement durable entrent dans une nouvelle ère de réglementation, de surveillance des parties prenantes et d’importance stratégique, le concept de matérialité est devenu une base essentielle pour des informations crédibles. Deux des cadres les plus influents – laGRI (Global Reporting Initiative) et ESRS (European Sustainability Reporting Standards) dans le cadre de la directive sur les rapports d’entreprise sur le développement durable (CSRD)-adoptent des approches fondamentalement différentes pour déterminer ce qui est « important » dans un contexte de développement durable.
Dans cet article, nous examinons en profondeur la manière dont la GRI et l’ESRS définissent, appliquent et opérationnalisent la matérialité, et ce que cela signifie pour les entreprises qui s’orientent vers la production de rapports volontaires et obligatoires sur le développement durable.
1. L'importance de la matérialité dans les rapports sur le développement durable
L’importance relative détermine les thèmes de développement durable sur lesquels une organisation doit rendre compte. Elle garantit que les rapports sur le développement durable sont pertinents, ciblés et utiles à la prise de décision pour les parties prenantes telles que les investisseurs, les employés, les régulateurs et les communautés.
Une évaluation solide de la matérialité aide les organisations à
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Classer par ordre de priorité les impacts, les risques et les opportunités en matière de développement durable
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Attribuer efficacement les ressources en matière de rapports et de gestion
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Aligner leur stratégie de développement durable sur les attentes des parties prenantes
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Respecter les exigences réglementaires en constante évolution, y compris le CSRD
Alors que le paysage réglementaire et les parties prenantes deviennent plus exigeants, l’évaluation de la matérialité n’est plus une « bonne pratique » volontaire – c’est le fondement d’un rapport crédible et défendable.
1.1 Qui doit appliquer la GRI ou l'ESRS ?
GRI
Les normes de la GRI sont volontaires et reconnues au niveau international. Elles sont utilisées par :
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Entreprises de toutes tailles et de tous secteurs qui souhaitent rendre compte de leur impact sur le développement durable
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Organisations visant à démontrer l’alignement sur les normes mondiales (par exemple, le Pacte mondial des Nations unies, les ODD, les principes directeurs de l’OCDE).
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Entités recherchant la transparence dans les relations avec les parties prenantes, la responsabilité publique ou l’analyse comparative ESG
Certaines bourses et autorités de régulation nationales recommandent ou intègrent la GRI dans leur cadre, mais elle n’est pas obligatoire à moins d’être explicitement adoptée par la réglementation. La GRI est particulièrement populaire auprès des entreprises multinationales, des institutions publiques et des PME qui recherchent un moyen léger mais crédible de commencer à établir des rapports sur le développement durable.
ESRS (CSRD)
L’ESRS est juridiquement contraignant pour les entreprises relevant de la directive sur les rapports de durabilité des entreprises (CSRD), y compris les grandes entreprises de l’UE, les PME cotées en bourse et les entreprises non européennes ayant une activité significative dans l’UE. La directive s’applique par étapes entre 2025 et 2029, en fonction de la taille de l’entreprise, de son statut de cotation et de sa couverture géographique. L’initiative EU-Omnibus prévoit actuellement d’adapter les seuils pour les entreprises, ce qui rend la situation juridique incertaine. Si votre entreprise n’est pas soumise à la CSRD, les normes de la GRI restent le principal cadre mondial pour l’établissement volontaire de rapports sur le développement durable.
2. Deux concepts de matérialité distincts : L'impact et la double matérialité
GRI : la matérialité de l'impact comme seul objectif
La Global Reporting Initiative (GRI) repose sur le concept de matérialité de l’impact, qui consiste à identifier et à rendre compte de sujets en fonction de la manière dont une organisation affecte le monde qui l’entoure, à savoir les personnes, l’environnement et l’économie.
C’est ce que l’on appelle parfois la perspective « inside-out »: l’accent n’est pas mis sur ce qui affecte l’entreprise, mais sur ce que l’entreprise affecte.
Aspects clés du concept de matérialité de la GRI :
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Les impacts sont essentiels: Un sujet est important s’il reflète les impacts réels ou potentiels les plus significatifs de l’organisation sur la société, l’environnement ou les droits de l’homme.
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Le point de vue des parties prenantes est nécessaire: La contribution des parties prenantes – en particulier celles qui sont touchées par les activités de l’entreprise – est un élément essentiel pour déterminer l’importance de l’impact.
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La matérialité financière n’est pas prise en compte: Un sujet peut être important selon la GRI même s’il n’a pas de conséquences financières pour l’organisation.
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Pas de liste de sujets prédéfinis: Les entreprises définissent leur propre univers de thèmes matériels potentiels, en fonction du contexte et du dialogue avec les parties prenantes. Les normes sectorielles peuvent suggérer des thèmes typiques mais ne sont pas prescriptives.
Pourquoi cela est-il important ?
L’approche de la GRI garantit que les rapports sur le développement durable restent axés sur la responsabilité. Elle pousse les entreprises à aller au-delà de la conformité ou de la pertinence financière et à se concentrer sur leur responsabilité plus large à l’égard des personnes et de la planète.
ESRS : Le principe de la double matérialité
Selon les normes européennes d’information sur le développement durable (ESRS), qui sont légalement exigées par la CSRD, les entreprises doivent appliquer le concept de double matérialité. Ce concept combine deux dimensions :
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Matérialité de l’impact (comme GRI) : comment l’entreprise affecte la société et l’environnement.
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Matérialité financière (similaire aux normes IFRS/ISSB) : comment les questions de développement durable affectent la position financière, la performance ou le développement futur de l’entreprise.
En pratique, cela signifie qu’un sujet est considéré comme important dans le cadre de l’ESRS s’il répond à l’un ou l’autre de ces critères :
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Il a des incidences réelles ou potentielles importantes (de l’intérieur vers l’extérieur), ou
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Il représente un risque ou une opportunité importants pour les activités de l’entreprise (extérieur-intérieur).
Principales implications :
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Les deux perspectives sont nécessaires: Les entreprises doivent explicitement évaluer chaque sujet à travers les deux optiques et documenter les résultats.
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La matérialité doit être défendable: La justification de l’inclusion ou de l’exclusion d’un sujet doit être transparente, en particulier pour les questions à forte attente telles que le changement climatique, la biodiversité et les droits de l’homme.
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L’optique financière est plus large que la « pertinence pour l’investisseur » : L’ESRS définit la matérialité financière en termes d’effets potentiels sur les revenus, les coûts, les actifs, les passifs ou le coût du capital, à court, moyen ou long terme.
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L’importance relative informe sur la conformité légale: Seuls les sujets jugés importants dans le cadre de ce processus déclencheront l’obligation d’appliquer et de divulguer les normes thématiques détaillées de l’ESRS (avec quelques exceptions pour les divulgations obligatoires).
Pourquoi cela est-il important ?
L’approche de l’ESRS reflète l’objectif de l’UE d’intégrer la durabilité et l’information financière. Elle s’aligne étroitement sur le concept de « valeur d’entreprise » promu par l’ISSB et la TCFD, mais conserve une base normative solide en continuant à mettre l’accent sur les impacts sur les parties prenantes et sur l’environnement.
3. analyse de matérialité Processus : GRI vs ESRS
Bien que la GRI et l’ESRS exigent toutes deux des organisations qu’elles déterminent quels sont les thèmes de développement durable importants, leurs méthodologies diffèrent en termes de structure, de profondeur et d’exigences en matière de documentation. La GRI fournit des orientations structurées et encourage la flexibilité, tandis que l’ESRS définit des attentes strictes soutenues par des règles de divulgation contraignantes.
3.1 Processus GRI analyse de matérialité (GRI 3)
Dans la GRI 3 : Thèmes matériels (2021), l’évaluation de la matérialité est présentée comme un processus en quatre étapes. Bien qu’elles ne soient pas juridiquement contraignantes, ces étapes sont bien structurées et largement adoptées dans la pratique.Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.
Étape 1 : Comprendre le contexte de l'organisation
L’organisation commence par analyser son modèle d’entreprise, ses activités, ses secteurs, ses zones géographiques et sa chaîne de valeur. Cela inclut :
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Produits et services proposés
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Marchés desservis
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Sites opérationnels
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Structure de gouvernance et environnement des parties prenantes
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Risques connus en matière de développement durable (déforestation, conditions de travail, émissions, etc.)
L’entreprise est encouragée à identifier rapidement les groupes de parties prenantes concernés, tels que les employés, les clients, les fournisseurs, les communautés locales, les ONG et les autorités de réglementation.
Objectif : acquérir une compréhension fondamentale de l’endroit et de la manière dont les incidences sur le développement durable pourraient se produire.
Étape 2 : Identifier les impacts réels et potentiels
À ce stade, l’organisation procède à un exercice complet d’identification des impacts. Les impacts peuvent être
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Réelle (qui se produit déjà) ou potentielle (qui pourrait se produire)
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Négatives (nuisibles pour les personnes ou l’environnement) ou positives (bénéfiques)
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causées, favorisées ou directement liées à des relations d’affaires
Le champ d’application doit couvrir non seulement les opérations internes, mais aussi les activités de la chaîne de valeur en amont et en aval.
Les sources typiques sont les suivantes :
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Évaluations internes (par exemple, audits, plaintes)
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Contribution des parties prenantes
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Normes sectorielles de la GRI
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Précédentes évaluations de la matérialité
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Rapports de la société civile et couverture médiatique
Objectif : créer une longue liste de sujets liés au développement durable en fonction des impacts réels/potentiels.
Étape 3 : Évaluer l'importance de chaque impact
Chaque impact identifié est évalué sur la base de trois critères principaux (plus un quatrième pour les impacts potentiels) :
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Échelle – Quelle est la gravité de l’impact (par exemple, blessure, pollution, déplacement) ?
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Portée – Quelle est l’étendue de l’impact (nombre de personnes, zone géographique, etc.) ?
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Irrémédiabilité – L’impact peut-il être inversé ou corrigé ?
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Probabilité – (pour les impacts potentiels) Quelle est la probabilité de l’occurrence ?
Ces évaluations sont de nature qualitative, bien que les organisations puissent appliquer des modèles de notation ou des cartes thermiques pour renforcer la cohérence.
Le point de vue des parties prenantes doit être pris en compte ici, à la fois pour éclairer les jugements et pour valider les niveaux de signification.
Objectif : classer par ordre de priorité les sujets qui reflètent les impacts les plus significatifs de l’organisation en matière de développement durable.
Étape 4 : Hiérarchiser et divulguer les sujets importants
Enfin, l’organisation dresse une liste des sujets importants, c’est-à-dire ceuxdont l’impact est le plus significatif, et la publie :
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La méthodologie utilisée (GRI 3-1)
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La liste finale des thèmes (GRI 3-2)
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Comment chaque thème est géré (GRI 3-3)
L’approche de la GRI permet une certaine flexibilité dans la manière dont les résultats sont visualisés ou structurés (par exemple, matrice, liste, grappes). Toutefois, le processus doit être reproductible et transparent, avec une documentation claire des hypothèses et des décisions.
Objectif : fournir aux parties prenantes une vision claire des questions les plus importantes et de la manière dont elles sont gérées.
3.2 Processus ESRS analyse de matérialité (EFRAG IG 1)
Dans le cadre des normes européennes de reporting sur le développement durable (ESRS), l’évaluation de la matérialité est obligatoire et doit être réalisée conformément au principe de la double matérialité. Bien que les ESRS ne prescrivent pas de procédure précise, le guide de mise en œuvre de l’EFRAG (IG 1) décrit une approche structurée en quatre étapes.
Chaque étape doit être documentée, justifiable et vérifiable, non seulementpour l’usage interne, mais aussi pour l’assurance externe et l’examen réglementaire.
Étape 1 : Comprendre le contexte du développement durable et les parties prenantes
Les entreprises commencent par dresser la carte de leur contexte en matière de développement durable:
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Modèle d’entreprise et activités clés (produits, opérations, marchés)
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Acteurs de la chaîne de valeur (fournisseurs, distributeurs, impacts en aval)
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Risques et attentes spécifiques au secteur
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Réglementations pertinentes et attentes de la société
Simultanément, les entreprises procèdent à une analyse des parties prenantesen identifiant :
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Parties prenantes affectées et intéressées (employés, communautés, ONG, investisseurs, etc.)
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Comment ils seront impliqués dans le processus d’évaluation
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Les mécanismes utilisés (entretiens, enquêtes, mécanismes de réclamation, etc.)
Objectif : garantir une base complète et fondée sur des données probantes pour l’évaluation de l’impact et de la pertinence financière.
Étape 2 : Identifier les questions pertinentes en matière de durabilité (IRO)
Les entreprises développent un univers de sujets potentiellement pertinents, y compris :
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Impacts (comment l’entreprise affecte les personnes et la planète)
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Risques et opportunités (comment le développement durable affecte l’entreprise sur le plan financier)
Cette analyse doit couvrir les 10 normes thématiques de l’ESRS, notamment
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Changement climatique
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Pollution
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Ressources hydriques et marines
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Biodiversité et écosystèmes
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Utilisation des ressources et économie circulaire
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Effectif propre
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Travailleurs dans la chaîne de valeur
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Communautés affectées
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Consommateurs et utilisateurs finaux
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Conduite des affaires
Des sources externes (GRI, SASB, TCFD) peuvent appuyer l’analyse, mais les entreprises doivent s’assurer que la couverture de l’ESRS est complète. Un point de départ utile est la liste des questions de développement durable dans l’annexe de l’ESRS 1 (qui énumère les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance à prendre en compte) et la base de données IRO de CSR Tools.
Objectif : Produire une longue liste d’impacts, de risques et d’opportunités (IRO) dans l’ensemble du spectre ESG.
Étape 3 : Évaluer la matérialité en deux dimensions
Chaque IRO est testé sur la base de deux critères distincts :
Impact Matérialité
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Gravité de l’impact (échelle, portée, irrémédiabilité)
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Probabilité (pour les impacts potentiels)
Matérialité financière
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Effet potentiel sur :
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Recettes, coûts
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Actifs, passifs
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Coût du capital
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Considéré à court, moyen et long terme
Les sujets sont évalués par le biais de :
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Expertise interne (juridique, risque, finance, ESG)
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Retour d’information des parties prenantes
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Analyse de scénarios ou modèles de notation
Objectif : dresser une liste défendable des questions matérielles de durabilité, étayée par un raisonnement structuré et documenté. Dans la pratique, de nombreuses organisations utilisent un double logiciel d’évaluation de la matérialité ou un modèle Excel pour faciliter le processus.
Étape 4 : Divulguer le processus et les résultats
La dernière étape consiste à divulguer à la fois les sujets matériels identifiés et la méthodologie utilisée pour les évaluer, dans le cadre de la déclaration de durabilité de l’entreprise. Dans le cadre de l’ESRS, les organisations sont non seulement tenues de rendre compte de chaque sujet matériel de développement durable, mais aussi de fournir une explication transparente de la manière dont l’évaluation de la matérialité a été effectuée et de ses résultats, comme l’exige l’ESRS :
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ESRS 2 IRO-1 → description de la méthodologie d’évaluation de l’importance relative
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ESRS 2 IRO-2 → liste ou tableau des thèmes importants
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SBM-3 → comment ces sujets sont liés au modèle d’entreprise et à la stratégie de l’entreprise
Les entreprises doivent également
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Justifier pourquoi un thème de l’ESRS a été jugé non significatif
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Faire état des informations obligatoires même si un sujet n’est pas important (par exemple, la gouvernance, la stratégie générale).
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Être prêt pour l’assurance externe (limitée à partir de 2026, raisonnable par la suite)
Objectif : publier un processus de matérialité transparent, complet et vérifiable, ainsi qu’un rapport de développement durable conforme à la directive CSRD. Les principaux outils d’évaluation de la matérialité – tels que Materiality Master-soutiennent les entreprises en les aidant à structurer et à documenter les éléments clés de ce processus.
4. Le rôle de la matrice de matérialité
La matrice de matérialité est un outil de visualisation qui permet de cartographier l’importance des sujets en fonction des dimensions. Son rôle diffère d’un cadre à l’autre :
Dans GRI:
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Souvent utilisé pour représenter l’importance des parties prenantes par rapport à la gravité de l’impact.
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Aide à l’établissement de priorités et au dialogue sur l’engagement
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Elle n’est plus obligatoire, mais reste une bonne pratique
Dans l’ESRS:
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Non obligatoire, mais couramment utilisé pour visualiser la double matérialité.
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Axe X : importance financière ; axe Y : importance de l’impact
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Les sujets significatifs dans l’un ou l’autre axe doivent être signalés
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Support visuel pour la piste d’audit, les décisions du conseil d’administration et la transparence
5. Tableau comparatif détaillé - GRI vs ESRS analyse de matérialité
Ce tableau résume les principales différences entre l’évaluation de la matérialité de la GRI et celle de l’ESRS, non seulement au niveau du concept, mais aussi de l’objectif, de la portée, de l’application et de la documentation. Chaque ligne est accompagnée d’une brève explication afin de clarifier la façon dont ces différences se manifestent dans la pratique.
Aspect | GRI | ESRS / CSRD |
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Concept de matérialité | La GRI utilise une approche de matérialité à lentille unique, qui se concentre exclusivement sur les impacts réels ou potentiels de l’organisation sur les personnes, l’environnement et l’économie. | L’ESRS exige une double évaluation de la matérialité, couvrant à la fois la matérialité de l’impact (comment l’entreprise affecte les autres) et la matérialité financière (comment le développement durable affecte l’entreprise). |
Statut juridique | Cadre volontaire, à moins qu’il ne soit exigé par les régulateurs ou les parties prenantes ; largement utilisé à l’échelle mondiale. | Légalement contraignant en vertu de la CSRD pour toutes les entreprises du champ d’application, avec des obligations d’assurance. |
Engagement des parties prenantes | Exigée explicitement pour éclairer l’identification et l’évaluation de l’impact ; les parties prenantes jouent un rôle central. | Attendue dans le cadre de la diligence raisonnable, mais moins prescriptive ; basée sur les normes de l’OCDE et des Nations unies. |
Portée de l’évaluation | Les organisations définissent leur propre univers de sujets pertinents, étayés par des normes sectorielles. | Toutes les normes ESRS thématiques doivent être examinées et faire l’objet d’un rapport ou être justifiées comme non significatives. |
Processus d’évaluation | Quatre étapes structurées : contexte, identification de l’impact, évaluation de l’importance, hiérarchisation. | Quatre étapes également, mais plus formalisées et guidées par le guide de mise en œuvre de l’EFRAG (IG 1). |
Divulgation du processus | Recommandée (GRI 3-1), mais flexible en termes de format et de niveau de détail. | Informations obligatoires en vertu des normes ESRS 2 IRO-1, IRO-2 et SBM-3 ; elles doivent être vérifiables. |
Exclusion de sujets | Autorisée sans justification, sauf si les attentes des parties prenantes ou les orientations sectorielles suggèrent le contraire. | Toutes les exclusions doivent être justifiées, en particulier pour des sujets tels que le climat ou la biodiversité. |
Informations minimales | Seuls les sujets importants sont signalés ; il n’y a pas d’autres informations obligatoires. | Certaines informations (par exemple, la gouvernance, la stratégie) sont requises indépendamment de leur importance. |
Utilisation de la matrice | Facultative ; outil visuel utile, mais n’est plus nécessaire depuis la mise à jour de la GRI 2021. | Non requise, mais largement utilisée pour illustrer la double matérialité ; doit être étayée par des preuves. |
Audit et assurance | Non requis ; une assurance volontaire est possible. | Assurance limitée requise à partir de 2026, assurance raisonnable par la suite ; processus d’évaluation de l’importance relative inclus. |
Attentes en matière de gouvernance | La responsabilité de la direction est suffisante ; la participation du conseil d’administration est facultative. | Une surveillance au niveau du conseil d’administration est attendue et doit être divulguée dans le cadre de l’intégration de la gouvernance. |
Orientation sur les rapports | Se concentre sur la transparence publique et la responsabilité des parties prenantes. | Vise à fournir aux parties prenantes et aux investisseurs des informations utiles à la prise de décision. |
6. Conclusion : Choisir le bon cadre de matérialité - ou combiner les deux
Le concept de matérialité est en train de se transformer, passant d’un outil flexible et axé sur les parties prenantes à un mécanisme réglementaire et axé sur les risques pour la responsabilité des entreprises et la gestion stratégique de l’ESG.
La GRI et l’ESRS représentent deux étapes différentes de cette évolution.
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La GRI est fondée sur la transparence volontaire et l’impact sur les parties prenantes, ce qui en fait le cadre de référence pour les organisations qui cherchent à rendre compte de ce qui compte le plus pour la société, sans être tenues de respecter la législation.
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L’ESRS, quant à lui, marque le début de l’obligation d’établir des rapports sur le développement durable en Europe. Il exige des organisations qu’elles évaluent la matérialité à la fois sous l’angle de l’impact et sous l’angle financier, avec une documentation vérifiable, une gouvernance au niveau du conseil d’administration et des conséquences juridiques.
Les principales différences en un coup d’œil :
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La GRI se concentre uniquement sur la matérialité de l’impact, tandis que l’ESRS applique la double matérialité.
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La GRI est volontaire, l’ESRS est légalement obligatoire en vertu de la CSRD.
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La GRI permet la flexibilité et l’interprétation ; l’ESRS exige une structure, une justification et une divulgation.
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Les rapports GRI visent à responsabiliser les parties prenantes; les rapports ESRS doivent également servir à la prise de décision financière.
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La GRI permet des processus internes allégés; l’ESRS exige une collaboration interfonctionnelle et une préparation à l’assurance.
La matérialité est passée d’une formalité de rapport à un processus stratégique de base. Elle sert désormais de prisme critique à travers lequel les entreprises évaluent non seulement leur impact sur le développement durable, mais aussi leur exposition aux risques à long terme, aux opportunités et aux attentes de la société, des régulateurs et des marchés.
Qu’ils soient guidés par l’accent mis par la GRI sur l’impact et la responsabilité ou par l’intégration juridiquement contraignante des préoccupations financières et de développement durable de l’ESRS, une chose est claire : La matérialité n’est plus une case à cocher, c’est un miroir. Et chaque entreprise doit décider de ce qu’elle reflète.