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BlogCSRDESRSDouble MaterialityStakeholdersStakeholder EngagementMis à jour le 1 novembre 2026 · 14 min read

Analyse des parties prenantes et double matérialité (CSRD 2026)

Identifier, cartographier et impliquer les parties prenantes dans l'analyse de double matérialité (ESRS révisées) : méthodes, relais, preuves, logiciel.

Alexander SpahnAlexander Spahn

L'analyse des parties prenantes est l'étape de l'analyse de double matérialité que les entreprises surdimensionnent ou documentent mal le plus souvent. Certains premiers déclarants ont envoyé de longs questionnaires à des centaines de contacts et se sont retrouvés avec des données inexploitables. D'autres ont fait l'impasse sur les parties prenantes et ont eu du mal à justifier leurs notations d'impacts auprès de l'auditeur. Les ESRS révisées, adoptées sous la forme du règlement délégué (UE) 2026/1563, indiquent désormais clairement où se situe le juste milieu.

En bref : Le dialogue avec les parties prenantes affectées reste un élément clé de l'analyse de double matérialité (ESRS 1 révisée, §42), mais le dialogue que vous menez déjà dans le cadre de votre diligence raisonnable suffit : aucun processus distinct n'est requis pour l'analyse de double matérialité. Les ONG, les organisations de la société civile et les syndicats peuvent servir de relais, la nature compte comme une partie prenante « silencieuse », et la chaîne de valeur peut être évaluée sans contribution directe des fournisseurs, à partir de données sectorielles ou régionales (§33). L'ESRS 2 IRO-1 ne vous demande de décrire la consultation que si vous consultez. Une analyse des parties prenantes pragmatique comporte donc six étapes : lister les groupes, les cartographier, choisir des méthodes proportionnées, poser les bonnes questions, intégrer les réponses dans la notation des IRO et tout documenter pour l'auditeur.

Ce guide détaille ces six étapes. Pour une vue d'ensemble du processus, commencez par notre guide complet de l'analyse de double matérialité CSRD.

Ce que disent les ESRS révisées sur le dialogue avec les parties prenantes

Les ESRS de 2023 attendaient un dialogue avec les parties prenantes dans le cadre de l'analyse de double matérialité, et beaucoup d'entreprises l'ont compris comme « il faut une grande enquête ». L'ESRS 1 révisée est plus précise. Notre article sur l'analyse de double matérialité selon les ESRS révisées présente l'ensemble des changements ; voici ceux qui concernent les parties prenantes :

RègleCe que cela signifie en pratique
Le dialogue avec les parties prenantes affectées est « un élément clé » (ESRS 1 §42)Le point de vue des personnes affectées doit éclairer votre évaluation des impacts. L'ignorer n'est pas une option.
Le dialogue mené au titre de la diligence raisonnable suffit (exigences d'application)Réutilisez l'existant : mécanismes de réclamation, analyse des risques fournisseurs, dialogue avec les représentants du personnel, réunions avec les riverains. Aucun processus distinct n'est nécessaire.
Les OSC, ONG et syndicats peuvent servir de relaisVous n'êtes pas obligé d'atteindre directement chaque personne affectée. Des représentants peuvent parler au nom des groupes difficiles à joindre.
La nature peut être considérée comme une partie prenante affectée « silencieuse »Données scientifiques, ONG environnementales ou experts représentent son point de vue.
Chaîne de valeur sans contribution directe de ses acteurs (§33)Les données régionales ou sectorielles moyennes et les informations généralement disponibles sont acceptables.
Informations disponibles sans coût ou effort excessif (§32)Vous n'avez pas à évaluer chaque IRO possible, ni à interroger chaque partie prenante possible.
ESRS 2 IRO-1 : décrire la consultation seulement si vous consultezSi vous avez consulté, expliquez comment. Si vous vous êtes appuyé sur d'autres sources, décrivez-les.
Mise à jour seulement en cas de changement significatif (§34)Inutile de refaire tout l'exercice chaque année si votre activité, votre chaîne de valeur ou votre méthodologie n'ont pas changé de manière significative.

Pour les entreprises soumises à la loi française sur le devoir de vigilance, la cartographie des risques et le mécanisme d'alerte du plan de vigilance sont déjà des sources précieuses. Il suffit de les exploiter et de les documenter de manière systématique pour l'analyse de double matérialité.

Parties prenantes affectées et utilisateurs de la déclaration de durabilité

Les ESRS distinguent deux groupes de parties prenantes. Les confondre est l'une des erreurs les plus fréquentes.

Parties prenantes affectéesUtilisateurs de la déclaration de durabilité
QuiPersonnes ou groupes dont les intérêts sont ou pourraient être affectés par vos activités et votre chaîne de valeurUtilisateurs principaux (investisseurs, prêteurs, autres créanciers) et autres utilisateurs (partenaires commerciaux, syndicats, société civile, analystes, pouvoirs publics)
ExemplesSalariés, travailleurs de la chaîne de valeur, riverains des sites, consommateurs et utilisateurs finaux, la nature (partie prenante silencieuse)Banques, investisseurs, grands clients qui envoient des questionnaires ESG, assureurs
Éclairent surtoutLa matérialité d'impact : gravité et probabilité de vos impactsLa matérialité financière et les besoins d'information : quels risques et opportunités comptent, ce que les utilisateurs doivent savoir
Méthode typiqueDialogue de diligence raisonnable, ateliers, relais, entretiensEntretiens, analyse des questionnaires ESG et des demandes de notation

Les deux groupes peuvent se recouper. Un syndicat peut représenter des salariés affectés et lire aussi votre rapport. L'essentiel est de savoir à quel titre vous sollicitez quelqu'un et quelle partie de l'analyse sa contribution éclaire.

Étape 1 : lister vos groupes de parties prenantes

Partez de votre chaîne de valeur, pas de votre carnet d'adresses. Parcourez l'amont, vos propres activités et l'aval, et demandez-vous : quels intérêts sont affectés ici, et qui a besoin d'informations à ce sujet ?

Liste type pour une entreprise industrielle :

  • Effectifs propres : salariés, représentants du personnel, intérimaires
  • Travailleurs de la chaîne de valeur : salariés des fournisseurs clés, prestataires logistiques
  • Communautés affectées : riverains des sites de production, communautés des zones d'extraction de matières premières
  • Consommateurs et utilisateurs finaux : clients qui utilisent vos produits
  • Nature : représentée par des données environnementales, des ONG ou des experts
  • Utilisateurs du rapport : banques, investisseurs, grands clients, assureurs

Raisonnez par groupes plutôt que par individus. Visez cinq à dix groupes pertinents, pas 80 noms.

Étape 2 : cartographier les parties prenantes (matrice influence/impact)

Tous les groupes n'appellent pas le même niveau de dialogue. Une cartographie des parties prenantes vous aide à décider où investir vos efforts. La version classique est une matrice à deux axes :

  • Impact : dans quelle mesure les intérêts de ce groupe sont-ils affectés par votre activité (ou dans quelle mesure ce groupe vous affecte-t-il) ?
  • Influence : quelle influence ce groupe a-t-il sur vos décisions, et quelle influence avez-vous sur lui ?

Une troisième dimension est utile pour l'analyse de double matérialité : la connaissance. Connaissez-vous déjà bien les préoccupations de ce groupe ? Un groupe à fort impact et faible connaissance est celui où le dialogue direct rapporte le plus. Un groupe que vous connaissez bien grâce à un dialogue régulier peut se limiter à une validation.

Analyse des parties prenantes et matrice des parties prenantes

Analyse des parties prenantes et matrice de pertinence dans le logiciel Materiality Master

La position sur la carte indique comment impliquer chaque groupe :

PositionApproche recommandée
Impact élevé, faible connaissanceDialogue direct : entretiens, ateliers, ou relais si le groupe est difficile à joindre
Impact élevé, bonne connaissanceRéutiliser le dialogue existant (diligence raisonnable, représentants du personnel, réclamations) et valider vos notations d'IRO
Impact faible, influence élevée (souvent des utilisateurs)Court entretien ou analyse de leurs demandes ESG
Impact faible, influence faibleUne recherche documentaire suffit généralement

Étape 3 : choisir des méthodes proportionnées

Les ESRS révisées n'imposent aucune méthode. Choisissez la méthode la plus légère qui vous apporte une contribution fiable pour les IRO dont le résultat n'est pas évident.

MéthodeAdaptée pourEffortPoint de vigilance
Sources existantes (enquête salariés, mécanisme de réclamation, audits fournisseurs, plaintes clients)Groupes déjà impliqués via la diligence raisonnableFaibleVérifier que les données sont récentes et couvrent les bons sujets
Relais (ONG, syndicats, initiatives sectorielles)Travailleurs de la chaîne de valeur, communautés, natureFaible à moyenJustifier pourquoi le relais est crédible pour ce groupe
Recherche documentaire (études sectorielles, rapports d'ONG, données scientifiques)Nature, chaîne de valeur lointaine, conclusions top-downFaibleCiter les sources pour que l'auditeur puisse suivre
Courte enquête en ligneGroupes nombreux et joignables (salariés, clients)MoyenRester bref et lié à votre liste d'IRO ; les longs questionnaires produisent du bruit
EntretiensBanque, investisseurs, représentants du personnel, fournisseurs clésMoyenPréparer les questions, conserver des notes
AteliersValidation des notations d'IRO avec des experts internes et des représentantsMoyen à élevéInviter le bon mélange de profils ; consigner les résultats directement par IRO

Deux principes vous aident :

  1. Les sujets évidents demandent peu ou pas de dialogue. Si un sujet est manifestement matériel ou non matériel (approche top-down, ESRS 1 §27), une justification documentée suffit. Concentrez le dialogue sur les cas limites, là où il peut réellement changer le résultat.
  2. Réutiliser avant de demander. Votre enquête annuelle auprès des salariés, votre analyse des risques fournisseurs ou les remontées de votre mécanisme de réclamation contiennent souvent déjà ce dont vous avez besoin. Solliciter à nouveau les mêmes personnes crée de la lassitude sans valeur ajoutée.

Étape 4 : poser les bonnes questions

Quelle que soit la méthode, les questions doivent porter sur votre liste d'impacts, risques et opportunités (IRO), pas sur des thèmes de durabilité génériques. Exemples de bonnes questions :

  • Lesquelles de nos activités vous affectent le plus, positivement ou négativement ?
  • Notre liste d'impacts potentiels est-elle complète, ou manque-t-il quelque chose ?
  • Quelle gravité attribuez-vous à cet impact (ampleur, étendue, caractère remédiable) ?
  • Quelle est la probabilité que cet impact potentiel se produise ?
  • De quelles informations de durabilité avez-vous besoin de notre part, et pour quelles décisions ? (pour les utilisateurs)

Pour des jeux de questions prêts à l'emploi par groupe de parties prenantes, y compris des modèles d'enquête et d'entretien, consultez notre questionnaire d'analyse de matérialité.

Étape 5 : intégrer les contributions dans la notation des IRO

Les contributions des parties prenantes ne constituent pas un résultat à part : ce sont des preuves à l'appui de vos notations. Pour chaque IRO sur laquelle vous avez sollicité des parties prenantes, consignez :

  • Qui a contribué (groupe, relais ou source)
  • Ce qu'il a dit sur la gravité, la probabilité ou la portée financière
  • Comment cela a modifié ou confirmé votre notation

Si des parties prenantes jugent un impact bien plus grave que votre équipe interne, ce n'est pas automatiquement déterminant, mais vous devez expliquer pourquoi vous avez suivi ou non leur avis. Notre exemple d'analyse de double matérialité montre comment une entreprise industrielle de taille moyenne a combiné ateliers, entretien avec les représentants du personnel, rapports d'ONG en tant que relais et entretien avec sa banque, et comment ces contributions ont alimenté la notation.

Étape 6 : documenter pour l'auditeur

Dans le cadre d'une assurance limitée, l'auditeur examine votre processus, pas seulement vos résultats. Pour les parties prenantes, un dossier d'audit complet contient :

  • la liste des parties prenantes avec les groupes, leur rôle (affectées ou utilisateurs) et la logique de votre cartographie
  • le journal du dialogue : quelle méthode, quand, avec qui, ou quelle source existante ou quel relais vous avez utilisé
  • les questions posées et une synthèse des réponses
  • le lien entre contributions et notations d'IRO, y compris les cas où vous vous êtes écarté de l'avis des parties prenantes, et pourquoi
  • pour les relais et la recherche documentaire : pourquoi la source est crédible pour le groupe qu'elle représente
  • la date de la dernière mise à jour et l'existence ou non de changements significatifs depuis (§34)

Cette documentation sert aussi de base à votre publication au titre de l'ESRS 2 IRO-1. Si vous avez consulté des parties prenantes, décrivez comment. Si vous vous êtes appuyé sur la diligence raisonnable et des relais, dites-le. Dans les deux cas, la documentation doit étayer ce que vous écrivez. Notre checklist d'audit de l'analyse de double matérialité récapitule ce que les auditeurs examinent par ailleurs.

Existe-t-il un logiciel pour gérer les contributions des parties prenantes ?

Oui. Les tableurs et les outils d'enquête collectent des réponses, mais ils rompent le lien entre la contribution des parties prenantes et la notation des IRO qu'elle doit éclairer. C'est précisément ce lien que l'auditeur demande à voir.

Dans Materiality Master, l'analyse des parties prenantes fait partie intégrante de l'analyse de double matérialité :

  • Registre et matrice des parties prenantes : ajoutez vos groupes, notez l'intérêt, l'influence et la connaissance avec une justification, et la matrice est générée automatiquement.
  • Contributions directement dans l'analyse : invitez des parties prenantes ou leurs représentants dans l'analyse, avec un accès limité aux IRO qu'ils doivent noter ou commenter. Leur contribution arrive dans la notation, pas dans un fichier à part.
  • Lien entre parties prenantes et IRO : pour chaque IRO, indiquez quelle partie prenante a été impliquée et comment (enquête, entretien, atelier, relais).
  • Piste d'audit : chaque modification d'une notation est enregistrée avec sa justification, pour montrer comment les contributions ont façonné le résultat.

L'article d'aide Comment mener une évaluation des parties prenantes dans Materiality Master présente chaque étape en vidéo, et la gestion des accès des utilisateurs explique comment donner un accès restreint aux parties prenantes.

Recueillez les contributions des parties prenantes directement dans votre analyse

Cartographiez vos parties prenantes, invitez-les à noter les IRO qui les concernent et gardez chaque contribution liée à vos notations, avec une piste d'audit complète. Conforme aux ESRS révisées.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Une seule grande enquête pour tout le monde. Des questionnaires génériques produisent des réponses génériques. Reliez les questions à vos IRO et au rôle de chaque groupe.
  • Confondre parties prenantes affectées et utilisateurs. Les investisseurs vous renseignent sur la portée financière, pas sur la gravité de vos impacts sur les travailleurs de vos fournisseurs.
  • Dialoguer là où le résultat est évident. Concentrez l'effort sur les cas limites.
  • Oublier les parties prenantes silencieuses. La nature et les travailleurs difficiles à joindre de la chaîne de valeur ont besoin de relais, pas d'être omis.
  • Aucun lien entre contributions et notations. Si vous ne pouvez pas montrer comment une contribution a influencé une notation, le dialogue pèsera peu lors de l'audit.
  • Tout refaire chaque année. Selon le §34, vous ne mettez à jour qu'en cas de changement significatif.

Points clés

  • Le dialogue avec les parties prenantes affectées reste un élément clé de l'analyse de double matérialité (ESRS 1 §42), mais le dialogue de diligence raisonnable suffit ; aucun processus distinct n'est requis.
  • Distinguez les parties prenantes affectées (contribution sur les impacts) des utilisateurs de la déclaration (contribution sur la portée financière et les besoins d'information).
  • Une matrice influence/impact montre où le dialogue direct apporte de la valeur ; ailleurs, utilisez des relais et des sources existantes.
  • ONG, OSC et syndicats peuvent servir de relais, et la nature peut être traitée comme une partie prenante silencieuse.
  • Documentez qui a été impliqué, comment, et comment les contributions ont modifié vos notations d'IRO. Décrivez la consultation dans l'ESRS 2 IRO-1 si vous avez consulté.

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