Le reporting de durabilité est entré dans une ère de réglementation et d'attentes élevées. Sa base est la matérialité. Les deux cadres les plus influents, les normes GRI (Global Reporting Initiative) et les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) issues de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), définissent pourtant de manière très différente ce qui est « matériel ».
En bref : la GRI applique uniquement la matérialité d'impact : un enjeu est matériel s'il reflète les impacts les plus importants de l'organisation sur l'économie, l'environnement et les personnes. Les ESRS exigent la double matérialité : la matérialité d'impact (alignée sur la GRI) plus la matérialité financière, c'est-à-dire les risques et opportunités pour l'entreprise. La GRI est volontaire ; les ESRS sont obligatoires pour les entreprises dans le champ de la CSRD (après Omnibus I : plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net). Avec les ESRS révisées (règlement (UE) 2026/1563, obligatoires à partir de l'exercice 2027), le processus ESRS devient plus proportionné : conclusions top-down autorisées, pas de recherche exhaustive des IRO, liste des thèmes non contraignante.
Dans cet article, nous comparons la façon dont la GRI et les ESRS définissent et appliquent la matérialité, détaillons les étapes de l'analyse de matérialité dans chaque cadre et expliquons ce qu'un utilisateur de la GRI peut réutiliser pour les ESRS.
Qu'est-ce que la matérialité selon les normes GRI ?
Selon la GRI 3 : Enjeux matériels (2021), les enjeux matériels sont ceux qui représentent les impacts les plus importants d'une organisation sur l'économie, l'environnement et les personnes, y compris sur leurs droits humains. L'importance est évaluée selon la gravité de l'impact (ampleur, étendue et caractère irrémédiable) et, pour les impacts potentiels, selon leur probabilité. L'effet d'un enjeu sur les finances de l'entreprise n'est pas un critère : la matérialité GRI est une matérialité d'impact.
Double matérialité selon la GRI ? Une confusion fréquente
La « double matérialité GRI » n'existe pas. La GRI évalue uniquement la matérialité d'impact (perspective inside-out). La double matérialité est le concept des ESRS : elles reprennent la matérialité d'impact, avec une définition très proche de celle de la GRI, et y ajoutent la matérialité financière (perspective outside-in : comment les enjeux de durabilité affectent les flux de trésorerie, la performance, la situation financière, l'accès au financement ou le coût du capital de l'entreprise). Une analyse de matérialité GRI couvre donc environ la moitié d'une analyse de double matérialité ESRS.
1. Pourquoi la matérialité est essentielle dans le reporting de durabilité
La matérialité détermine les enjeux de durabilité sur lesquels une organisation publie des informations. Elle garantit que le rapport est pertinent, ciblé et utile à la prise de décision pour les investisseurs, les salariés, les autorités et la société civile.
Une analyse de matérialité solide aide les organisations à :
- hiérarchiser les impacts, risques et opportunités liés à la durabilité ;
- affecter efficacement les ressources de reporting et de pilotage ;
- aligner leur stratégie de durabilité sur les attentes des parties prenantes ;
- respecter les exigences réglementaires, dont celles de la CSRD.
L'analyse de matérialité n'est plus une simple « bonne pratique » volontaire : elle est le socle d'un reporting crédible et défendable.
1.1 Qui doit appliquer la GRI ou les ESRS ?
GRI
Les normes GRI sont volontaires et reconnues internationalement. Elles sont utilisées par :
- des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs qui souhaitent rendre compte de leurs impacts ;
- des organisations qui veulent démontrer leur alignement sur des référentiels internationaux (Pacte mondial des Nations unies, ODD, Principes directeurs de l'OCDE) ;
- des entités qui recherchent la transparence envers leurs parties prenantes, la redevabilité publique ou le benchmarking ESG.
Certaines bourses et autorités nationales recommandent la GRI ou s'y réfèrent, mais elle n'est obligatoire que si une réglementation l'impose explicitement. Elle est particulièrement répandue parmi les multinationales, les institutions publiques et les PME qui veulent démarrer leur reporting de manière crédible.
ESRS (CSRD)
Les ESRS sont juridiquement contraignantes pour les entreprises dans le champ de la CSRD. Depuis la directive Omnibus I (UE) 2026/470, la CSRD s'applique aux entreprises de l'UE comptant plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net, ainsi que, à partir de l'exercice 2028, aux groupes non européens réalisant plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires dans l'UE et disposant d'une filiale ou succursale importante dans l'UE. Les entreprises sous ces seuils peuvent publier volontairement selon le Voluntary Standard (VS), successeur de la VSME ; voir notre comparatif VSME vs ESRS. Si votre entreprise n'est pas soumise à la CSRD, les normes GRI restent le principal cadre mondial de reporting volontaire.
Les entreprises concernées appliquent les ESRS révisées (règlement délégué (UE) 2026/1563), obligatoires pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Pour l'exercice 2026, elles peuvent choisir entre les ESRS de 2023, les ESRS révisées dans leur intégralité, ou les ESRS de 2023 assorties de certains allègements (dont l'approche top-down de l'analyse de double matérialité).
2. Deux concepts de matérialité : matérialité d'impact vs double matérialité
GRI : la matérialité d'impact comme seul prisme
La GRI repose sur la matérialité d'impact : l'organisation identifie et publie les enjeux sur lesquels elle affecte l'économie, l'environnement et les personnes.
C'est la perspective « inside-out » : on ne regarde pas ce qui affecte l'entreprise, mais ce que l'entreprise affecte.
Les points clés de la matérialité selon la GRI :
- Les impacts sont au centre : un enjeu est matériel s'il reflète les impacts réels ou potentiels les plus importants de l'organisation sur l'économie, l'environnement ou les personnes, y compris leurs droits humains.
- Le dialogue avec les parties prenantes est central : les contributions des parties prenantes, en particulier des personnes affectées, nourrissent l'identification et l'évaluation des impacts.
- La matérialité financière n'est pas prise en compte : un enjeu peut être matériel selon la GRI même sans conséquence financière pour l'organisation.
- Pas de liste d'enjeux obligatoire : chaque organisation détermine ses enjeux matériels. Les normes sectorielles GRI applicables indiquent les enjeux probablement matériels ; si l'un d'eux est jugé non matériel, l'organisation l'explique dans l'index du contenu GRI.
Pourquoi c'est important :
L'approche GRI maintient un reporting axé sur la redevabilité. Elle incite les entreprises à regarder au-delà de la conformité et de la pertinence financière, vers leur responsabilité envers les personnes et la planète.
ESRS : le principe de double matérialité
Selon les ESRS, les entreprises doivent appliquer la double matérialité, qui combine deux dimensions :
- la matérialité d'impact (alignée sur la GRI) : comment l'entreprise affecte les personnes et l'environnement ;
- la matérialité financière (comparable à IFRS/ISSB) : comment les enjeux de durabilité affectent le développement, la situation financière, la performance, les flux de trésorerie, l'accès au financement ou le coût du capital de l'entreprise.
Un enjeu de durabilité est matériel au sens des ESRS s'il remplit l'un ou l'autre critère :
- il entraîne des impacts réels ou potentiels importants (inside-out), ou
- il représente un risque ou une opportunité important pour l'entreprise (outside-in).
Ce que cela implique :
- Les deux perspectives sont requises : l'entreprise doit examiner les deux dimensions et documenter comment elle est parvenue à ses conclusions.
- La matérialité doit être défendable : l'auditeur examine le processus dans le cadre de l'assurance limitée. Ce qui a été évalué en détail, et ce qui a été conclu top-down, doit être traçable.
- La dimension financière couvre le court, le moyen et le long terme : le court terme correspond à la période de reporting des états financiers, le moyen terme va jusqu'à cinq ans, le long terme au-delà.
- La matérialité pilote le rapport : seules les informations matérielles sont publiées. Selon l'ESRS 1 révisée (§24), une entreprise ne doit pas publier d'informations non matérielles.
Pourquoi c'est important :
L'approche ESRS relie reporting de durabilité et reporting financier. Elle s'inscrit dans la perspective de valeur d'entreprise de l'ISSB, tout en gardant un socle normatif fort grâce à la matérialité d'impact.
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3. Le processus d'analyse de matérialité : GRI vs ESRS
La GRI comme les ESRS demandent aux organisations de déterminer leurs enjeux matériels, mais les méthodes diffèrent par leur structure, leur périmètre et leurs exigences de documentation. La GRI 3 décrit un processus clair en quatre étapes pour les impacts. Les ESRS révisées fixent des principes pour l'analyse de double matérialité et laissent davantage de place à des conclusions proportionnées et fondées sur le jugement.
3.1 L'analyse de matérialité selon la GRI (GRI 3)
La GRI 3 : Enjeux matériels (2021) fait partie des normes universelles GRI, applicables aux rapports publiés à partir du 1er janvier 2023. Elle décrit l'analyse de matérialité en quatre étapes.
Étape 1 : comprendre le contexte de l'organisation
L'organisation analyse son modèle d'affaires, ses activités, ses secteurs, ses implantations et sa chaîne de valeur, notamment :
- les produits et services proposés ;
- les marchés servis ;
- les sites d'exploitation ;
- la structure de gouvernance et l'environnement des parties prenantes ;
- les enjeux de durabilité connus (déforestation, conditions de travail, émissions, etc.).
Les groupes de parties prenantes pertinents (salariés, clients, fournisseurs, communautés locales, ONG, autorités) doivent être identifiés tôt.
Objectif : comprendre où et comment des impacts peuvent apparaître.
Étape 2 : identifier les impacts réels et potentiels
L'organisation identifie ses impacts. Ils peuvent être :
- réels (déjà survenus) ou potentiels (pourraient survenir) ;
- négatifs (préjudiciables aux personnes ou à l'environnement) ou positifs (créateurs de bénéfices) ;
- causés, favorisés (contribution) ou directement liés via des relations d'affaires.
Le périmètre couvre les opérations propres, mais aussi l'amont et l'aval de la chaîne de valeur.
Sources courantes :
- évaluations internes (audits, réclamations) ;
- contributions des parties prenantes ;
- normes sectorielles GRI ;
- analyses de matérialité antérieures ;
- rapports de la société civile et couverture médiatique.
Objectif : une liste longue des impacts réels et potentiels.
Étape 3 : évaluer l'importance des impacts
Chaque impact est évalué selon sa gravité, et selon sa probabilité pour les impacts potentiels :
- Ampleur : quelle est la gravité de l'impact (blessure, pollution, déplacement de population) ?
- Étendue : quelle est sa portée (nombre de personnes, zone géographique) ?
- Caractère irrémédiable : dans quelle mesure peut-il être corrigé ou réparé ?
- Probabilité : pour un impact potentiel, quelle est la probabilité qu'il survienne ?
L'évaluation est surtout qualitative, mais beaucoup d'organisations utilisent des grilles de notation ou des cartes thermiques pour plus de cohérence. Les points de vue des parties prenantes éclairent et valident les jugements.
Objectif : identifier les impacts les plus importants de l'organisation.
Étape 4 : hiérarchiser et publier les enjeux matériels
L'organisation fixe un seuil, regroupe les impacts les plus importants en enjeux matériels et publie :
- le processus de détermination des enjeux matériels (GRI 3-1) ;
- la liste des enjeux matériels (GRI 3-2) ;
- la gestion de chaque enjeu matériel (GRI 3-3).
Pour un reporting « en conformité avec » les normes GRI, ces trois publications sont obligatoires. La GRI laisse de la souplesse sur la présentation (liste, regroupements, graphique), mais le processus doit être transparent et documenté.
Objectif : montrer aux parties prenantes les impacts qui comptent le plus et la manière dont ils sont gérés.
3.2 L'analyse de matérialité selon les ESRS (ESRS révisées, 2026)
Selon les ESRS, l'analyse de double matérialité est obligatoire. Les ESRS n'imposent pas de procédure figée, mais l'ESRS 1 révisée fixe des règles claires sur la manière de la conduire. Nous détaillons chaque changement dans notre article sur l'analyse de double matérialité selon les ESRS révisées. En pratique, le processus suit toujours quatre étapes :
Étape 1 : comprendre le contexte et dialoguer avec les parties prenantes
Le point de départ est la stratégie, le modèle d'affaires, les activités, les secteurs, les implantations et la chaîne de valeur. Le dialogue avec les parties prenantes affectées reste une donnée d'entrée clé (ESRS 1 §42), mais le dialogue déjà mené dans le cadre du devoir de vigilance (diligence raisonnable) suffit : aucun processus distinct n'est requis pour l'analyse de double matérialité. Les ONG, organisations de la société civile et syndicats peuvent représenter les parties prenantes affectées. Notre article sur l'analyse des parties prenantes dans la double matérialité montre comment l'organiser de façon proportionnée.
Objectif : une compréhension étayée des domaines où des impacts, risques et opportunités matériels sont probables.
Étape 2 : identifier où des IRO matériels sont probables
C'est ici que les ESRS révisées diffèrent le plus de la version 2023 et d'une liste longue de type GRI :
- L'approche top-down est autorisée (§27) : une entreprise peut conclure qu'un thème ou sous-thème est matériel ou non sans évaluation détaillée au niveau des IRO, sur la base de sa stratégie, de son modèle d'affaires, de ses secteurs, de ses implantations et de sa chaîne de valeur. Si le résultat n'est pas évident, une évaluation bottom-up spécifique reste nécessaire (§28). Les deux approches peuvent être combinées thème par thème.
- Pas de recherche exhaustive des IRO (§32) : l'analyse s'appuie sur des informations raisonnables et justifiables disponibles sans coût ni effort excessif. L'entreprise n'est pas tenue d'évaluer chaque impact, risque ou opportunité possible, seulement les domaines où des IRO matériels sont probables.
- La liste des thèmes n'est plus contraignante (appendice A) : la liste des enjeux de durabilité (anciennement ESRS 1 AR 16, référence obligatoire dans les ESRS de 2023) figure désormais à l'appendice A de l'ESRS 1 et ne constitue plus qu'une orientation non contraignante. Les sous-sous-thèmes disparaissent et l'ESRS E3 s'intitule désormais simplement « Eau » (les ressources marines passent à l'E5). Voir notre liste des thèmes ESRS 2026.
- Chaîne de valeur avec des données sectorielles (§33) : la chaîne de valeur peut être évaluée sans contribution directe des fournisseurs ou clients, à partir de données sectorielles, régionales ou généralement disponibles.
Des sources externes comme les normes sectorielles GRI, le SASB ou la base de données IRO de CSR Tools aident à décider où regarder de plus près.
Objectif : un ensemble ciblé d'impacts, risques et opportunités (IRO) et des conclusions top-down documentées pour les cas évidents.
Étape 3 : évaluer la matérialité selon deux dimensions
Lorsqu'une évaluation détaillée est nécessaire, chaque IRO est examiné selon deux dimensions :
Matérialité d'impact
- Gravité : ampleur, étendue et caractère irrémédiable (mêmes critères que la GRI)
- Probabilité pour les impacts potentiels ; pour les impacts négatifs potentiels sur les droits humains, la gravité prime sur la probabilité
- Brut ou net (§43) : les impacts négatifs réels sont évalués tels qu'ils se sont produits. Les impacts négatifs potentiels ne peuvent être réduits que par des mesures de prévention et d'atténuation déjà mises en œuvre et efficaces, pas par des mesures planifiées.
- Impacts positifs (§44) : ils sont évalués isolément, sans compensation avec les impacts négatifs. Remédier à ses propres impacts négatifs ou respecter la loi ne constitue pas un impact positif.
Matérialité financière
- Probabilité et ampleur potentielle des effets financiers
- Effets sur le développement, la situation financière, la performance, les flux de trésorerie, l'accès au financement ou le coût du capital
- Horizons de court, moyen et long terme
Aucun seuil n'est imposé : vous fixez et justifiez les vôtres. Une notation quantitative n'est pas forcément requise. Notre exemple d'analyse de double matérialité présente des échelles de notation et des seuils sur un cas concret.
Objectif : une liste défendable des enjeux de durabilité matériels, appuyée par un raisonnement documenté. Beaucoup d'organisations utilisent pour cela un logiciel d'analyse de double matérialité plutôt qu'un modèle Excel.
Étape 4 : publier le processus et les résultats
L'entreprise décrit le processus et ses résultats dans sa déclaration de durabilité :
- ESRS 2 IRO-1 : une description concise du processus, de ses changements significatifs et de la date de la dernière mise à jour de l'analyse ;
- ESRS 2 IRO-2 : les impacts, risques et opportunités matériels ;
- ESRS 2 SBM-3 : leur interaction avec la stratégie, le modèle d'affaires et les effets financiers.
À noter également :
- Les informations non matérielles ne doivent pas être publiées (§24) ; des informations complémentaires clairement signalées restent possibles.
- Si le changement climatique n'est pas matériel, l'IRO-2 exige seulement le fondement de cette conclusion.
- Les exigences de l'ESRS 2 sont « susceptibles de produire des informations matérielles pour toutes les entreprises ».
- L'analyse ne doit être mise à jour qu'en cas de changement significatif de l'activité, de la chaîne de valeur ou de la méthodologie (§34).
- Depuis Omnibus I, la déclaration de durabilité n'est soumise qu'à une assurance limitée ; le passage prévu à l'assurance raisonnable a été abandonné.
Objectif : un processus de matérialité transparent et auditable, et une déclaration de durabilité conforme à la CSRD. Des outils comme Materiality Master aident à structurer et documenter chaque étape, y compris les conclusions top-down et la piste d'audit.
Et l'IG 1 de l'EFRAG ?
De nombreux guides (y compris les versions précédentes de cet article) décrivent le processus ESRS à partir de l'Implementation Guidance IG 1 de l'EFRAG (mai 2024), qui partait d'un examen de toutes les normes thématiques et de la liste AR 16. L'IG 1 n'a pas été retirée, mais elle a été rédigée pour les ESRS de 2023. Utilisez-la comme référence sur des notions comme la gravité et la probabilité ; en cas de contradiction avec l'ESRS 1 révisée (par exemple sur l'approche brute ou nette), la norme prévaut.
3.3 Correspondance GRI-ESRS : ce que vous pouvez réutiliser
Si vous publiez déjà selon la GRI, une grande partie de votre travail est réutilisable pour les ESRS. La GRI et l'EFRAG ont publié en novembre 2023 un index d'interopérabilité GRI-ESRS (fondé sur les ESRS de 2023). Pour l'analyse de matérialité, la correspondance est la suivante :
| GRI | Équivalent ESRS | Ce qu'il faut ajouter pour les ESRS |
|---|---|---|
| Évaluation des impacts GRI 3 (gravité, probabilité) | Matérialité d'impact | Brut ou net (§43), impacts positifs sans compensation (§44) |
| — | Matérialité financière | Risques et opportunités, seuils financiers, horizons temporels |
| GRI 3-1 Processus de détermination des enjeux matériels | ESRS 2 IRO-1 | Description des deux dimensions, date de la dernière mise à jour |
| GRI 3-2 Liste des enjeux matériels | ESRS 2 IRO-2 et SBM-3 | IRO matériels et leur interaction avec la stratégie et le modèle d'affaires |
| GRI 3-3 Gestion des enjeux matériels | Politiques, actions, cibles et indicateurs par enjeu matériel | Points de données ESRS thématiques pour chaque enjeu matériel |
| Normes sectorielles GRI | ESRS 1 appendice A (non contraignant) | Conclusion top-down par thème lorsque le résultat est évident |
Une fois vos enjeux matériels fixés, l'outil de cartographie des points de données ESRS les traduit en points de données précis des ESRS révisées à publier.
4. Le rôle de la matrice de matérialité
La matrice de matérialité représente les enjeux selon deux dimensions. Son rôle diffère selon le cadre :
Matrice de matérialité selon la GRI :
- La matrice GRI classique vient des normes GRI de 2016, qui croisaient l'importance des impacts et leur influence sur les évaluations et décisions des parties prenantes.
- La GRI 3 (2021) a supprimé l'axe des parties prenantes. Les enjeux matériels sont désormais déterminés par la seule importance des impacts : une matrice à deux axes centrée sur les parties prenantes ne reflète plus la logique GRI.
- Une matrice n'est pas obligatoire ; une liste hiérarchisée ou un graphique par gravité est souvent plus adapté.
Matrice de matérialité selon les ESRS :
- Non exigée par les ESRS révisées, mais souvent utilisée pour visualiser la double matérialité
- En général : axe des abscisses pour la matérialité financière, axe des ordonnées pour la matérialité d'impact, vos seuils sous forme de lignes
- Les avis des parties prenantes alimentent la notation, ils ne constituent pas un axe
- Utile pour le conseil d'administration et les auditeurs, à condition de reposer sur des évaluations documentées
Pour aller plus loin, consultez notre guide sur la matrice de matérialité selon les ESRS révisées.
5. Tableau comparatif : analyse de matérialité GRI vs ESRS
Ce tableau résume les principales différences, sur la base de la GRI 3 (2021) et des ESRS révisées (2026).
| Aspect | GRI | ESRS / CSRD (ESRS révisées) |
|---|---|---|
| Concept de matérialité | Matérialité d'impact uniquement : les impacts les plus importants sur l'économie, l'environnement et les personnes. | Double matérialité : matérialité d'impact (alignée sur la GRI) plus matérialité financière (risques et opportunités pour l'entreprise). |
| Statut juridique | Volontaire, sauf exigence des autorités ou des parties prenantes ; très répandu dans le monde. | Obligatoire selon la CSRD pour les entreprises de >1 000 salariés et >450 M€ de chiffre d'affaires net ; ESRS révisées obligatoires à partir de l'exercice 2027. |
| Dialogue avec les parties prenantes | Donnée d'entrée centrale pour identifier et évaluer les impacts. | Donnée d'entrée clé (§42) ; le dialogue mené dans le cadre de la diligence raisonnable suffit, pas de processus distinct. |
| Périmètre de l'analyse | L'organisation détermine ses enjeux matériels, avec l'appui des normes sectorielles. | Pas de recherche exhaustive des IRO (§32) ; liste de l'appendice A non contraignante ; conclusions top-down autorisées (§27). |
| Processus | Quatre étapes : contexte, identification, évaluation, hiérarchisation. | Top-down, bottom-up ou combiné par thème ; brut ou net (§43) et impacts positifs (§44) explicitement encadrés. |
| Publication du processus | Obligatoire pour un reporting « en conformité avec » la GRI (GRI 3-1, 3-2, 3-3), format souple. | Obligatoire : ESRS 2 IRO-1 (processus, date de dernière mise à jour), IRO-2 et SBM-3 ; soumis à assurance. |
| Enjeux non matériels | Libre ; les enjeux des normes sectorielles jugés non matériels sont expliqués dans l'index du contenu. | Pas de conclusion requise pour chaque thème de la liste ; si le changement climatique n'est pas matériel, le fondement doit être indiqué. |
| Publications minimales | Uniquement les enjeux matériels, plus les éléments généraux de la GRI 2. | Les exigences de l'ESRS 2 sont probablement matérielles pour toutes les entreprises ; les informations non matérielles ne doivent pas être publiées (§24). |
| Matrice | Facultative ; la matrice classique centrée sur les parties prenantes date des normes de 2016. | Non exigée ; souvent utilisée pour représenter matérialité d'impact et matérialité financière. |
| Mise à jour | Les enjeux matériels sont revus à chaque période de reporting. | Uniquement en cas de changement significatif (§34) ; date de la dernière mise à jour à publier. |
| Audit et assurance | Non obligatoire ; assurance volontaire possible. | Assurance limitée uniquement (assurance raisonnable abandonnée par Omnibus I) ; l'analyse de double matérialité en fait partie. |
| Gouvernance | GRI 2-14 : rôle de l'organe de gouvernance le plus élevé dans le reporting, y compris l'examen des enjeux matériels. | Le rôle des organes d'administration, de direction et de surveillance dans les enjeux de durabilité doit être publié. |
| Orientation du reporting | Transparence publique et redevabilité envers les parties prenantes. | Informations utiles à la décision pour les investisseurs et les autres parties prenantes. |
6. Conclusion : choisir le bon cadre de matérialité, ou combiner les deux
La GRI et les ESRS ne sont pas concurrentes : elles se complètent.
- La GRI repose sur la transparence volontaire et les impacts. C'est le cadre de référence pour les organisations qui veulent rendre compte de ce qui compte le plus pour les personnes et la planète, sans obligation légale.
- Les ESRS sont obligatoires pour les grandes entreprises de l'UE. Elles exigent la matérialité d'impact et la matérialité financière, avec un processus décrit et soumis à assurance. Depuis leur révision, elles laissent davantage de place à un jugement proportionné et documenté plutôt qu'à une notation mécanique.
Les principales différences en un coup d'œil :
- La GRI se concentre sur la matérialité d'impact uniquement ; les ESRS appliquent la double matérialité.
- La GRI est volontaire ; les ESRS sont légalement obligatoires pour les entreprises dans le champ de la CSRD.
- La GRI construit l'analyse à partir d'une liste longue d'impacts ; les ESRS révisées autorisent les conclusions top-down et n'exigent pas de recherche exhaustive des IRO.
- Les rapports GRI servent la redevabilité envers les parties prenantes ; les rapports ESRS doivent aussi éclairer les décisions financières.
- La GRI permet des processus internes légers ; les ESRS exigent une collaboration transversale (finance, risques, durabilité) et une préparation à l'audit.
Si vous passez de la GRI aux ESRS, votre évaluation des impacts est un excellent point de départ. Il vous reste à ajouter la dimension financière, une logique de seuils claire et une piste d'audit qui montre pourquoi chaque thème est matériel ou non. C'est exactement ce que Materiality Master structure pour vous, des parties prenantes et des IRO jusqu'à la matrice et aux points de données ESRS. Vous pouvez commencer gratuitement ou comparer les offres sur notre page tarifs.


